Dessin et poésie

Lundi 9 janvier 2006 1 09 /01 /2006 22:40

Stylo bill’ expression - Félix Martin


Depuis les années soixante, l’utilisation du stylo à bille est sans doute l’instrument de l’écriture manuelle le plus répandu de la planète.

Aux quatre coins du monde, qui en effet n’a pas tenu au moins une fois entre ses mains un stylo-bille pour écrire à l’encre dite ‘‘sèche’’ un texte long, un message court, ou encore esquisser un croquis, des plans ? Cette petite bille qui a le pouvoir de rouler en bout du stylo, Félix Martin, lui, l’a élevée au rang de pinceau, mieux encore, il en a fait un instrument à pixelliser l’image bien avant l’heure…

Pendant une vingtaine d’années, depuis la fin des années 50, Félix Martin, natif de Valence, produit grâce au stylo-bille, une œuvre foisonnante au travers de plus de 200 planches originales en quatre couleurs : noir, vert, rouge, bleu. Stylo en main, il s’applique à des symétries et formes parfaites de méticulosité, s’adonne à des graphismes faits de courbes et de droites soignées, d’une très grande régularité bien avant l’apparition du tout premier micro-ordinateur et l’aide qu’aurait pu lui apporter ce dernier...

Pétri d’une incroyable patience, plongé dans un travail titanesque, Félix Martin, consacra de longues heures, de longs mois et en fin de compte, de longues années, à son obsession : celle de faire “glisser et glisser” cette bille sur des feuilles cartonnées qu’il recycla en support pictural qui se voulait idéal à ses yeux…

Mais… d’où lui venait cette passion du trait ordonné, cette rigueur visuelle toute géométrique et symétrique, cet amour pour la précision et la minutie du point de couleur posé là, exactement ? Sans doute de son métier, qu’il exerça de l’âge de 14 à 70 ans et qui lui fit aimer motifs et couleurs de nombreuses étoffes du commerce en tissus installé, au milieu du siècle dernier, Maison Des Têtes à Valence.

Ainsi, alors que d’autres passaient leurs temps à “rouler leur bosse”, Félix Martin, assis devant son carton, reste sûrement une des très rares personnes au monde à avoir porté aussi haut l’art de “rouler sa bille”, mais pour cela il faut bille en tête, avoir l’amour de la bille…

 

http://felixmartin.blogg.org


Par corinne Jeanson - Publié dans : Dessin et poésie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 22 septembre 2006 5 22 /09 /2006 23:04

Retrouvez les dessins de Félix Martin dans le blog

http://felixmartin.blogg.org

Pendant plus de vingt ans, il a créé 250 dessins au stylo bille, avec quatre couleurs : le noir, le bleu, le rouge et le vert.

 

Je confie à la toile Internet ses dessins géométriques, infiniment différents.

Par corinne Jeanson - Publié dans : Dessin et poésie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 17 octobre 2006 2 17 /10 /2006 23:06

La mort de demeter

 Dis ma sœur, ne la vois-tu pas venir ?

 Pourquoi sont-ils tous partis ce matin

 Derrière elle étendue ?

 Pourquoi a-t-elle quitté la maison

 Sans poser son regard sur nous ?

 Pourquoi avaient-ils tous des pleurs

 Dans la colline en fleurs ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dis ma sœur, ne la vois-tu pas venir

 Tu as grimpé trop vite sur le mur

 En glissant, ton bras s’est brisé

 Dans le jardin tu souffres enfin

 Tu ne l’attendras plus

 Avec ta blessure ouverte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dis ma sœur, qui la verra venir ?

 Qui me consolera de ce chagrin ?

 Qu’elle a emporté dedans la terre ?

 

 

 

 

 

 

Par corinne Jeanson - Publié dans : Dessin et poésie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 21 novembre 2006 2 21 /11 /2006 21:43

« Regarde la lumière et admire sa beauté. Ferme l'œil et observe. Ce que tu as vu d'abord n'est plus et ce que tu verras ensuite n'est pas encore. »

 

 

Léonard de Vinci


 

 

 

 

 

 

 

J’étais attablé à une taverne florentine en train de déguster une assiette d’affettati misti lorsque contre toute attente Léo entra, lui qui ne mettait jamais les pieds dans une taverne populaire, qui ne buvait du vin qu’en hiver pour se réchauffer, coupé d’eau et aromatisé à la cannelle, chaud et insipide, sans attendre, dès qu’il me vit, il prit place en face de moi et se servit un verre de Chianti. Il était si agité, si exalté que je ne cherchais même pas à comprendre comment il avait fait pour me retrouver. « J’ai reçu une nouvelle commande d’un marchand florentin, Francesco di Bartolomeo, tu sais un de ses riches notables de la ville, arrogants parce qu’ils font vivre notre cité, froids comme la bise parce qu’ils ne portent en eux que la sècheresse de leurs machines à textile. » Je ne pus m’empêcher de lui murmurer amicalement : « Léo, tu exagères, c’est toi qui leur as inventé  à profusion ces mécaniques qui leur servent à tisser leurs brocards et autres étoffes pour mieux s’enrichir ! » Mais il reprit tout aussi vite : « C’est vrai c’était dans un moment de faiblesse, je m’ennuyais, il me fallait trouver une nouvelle idée, la peinture dans ces jours-là me trahissait et j’ai étudié ses mécanismes pour dérouiller mon propre cerveau. Lorsque ce marchand est venu jusqu’à moi, j’étais profondément découragé à l’idée de peindre une fois encore une de ces femmes fades et soumises à leur riche et vieil époux. Je me suis donc rendu le jour fixé via della Stufa au domicile de ce Florentin vêtu certes avec élégance mais malgré tout qui respirait, excuse-moi du mot, le parvenu ! Tout ça parce que ses lointains comptoirs croulent sous les épices et les étoffes soyeuses. Donc je tintinnabule à la lourde porte cochère, des valets m’accueillent et devant moi ouvrent des portes lourdes, enchevêtrés d’angelots dégoulinants de feuilles d’acanthes, déplacent des paravents massifs, soulèvent des tentures lourdes, violettes à force d’être rouges. Je suis ainsi à grandes enjambées les deux valets à travers les corridors, les suites de pièces aux plafonds florentins. J’entre enfin dans une chambre, une chambre de femme, donc de l’épousée. Il m’avait prévenu : « Ma femme est jeune, très pudique, il ne s’agit pas de la déshabiller pour faire son portrait, soyez modeste seigneur de Vinci ! » Je m’attendais donc à découvrir une Florentine rousse à la chevelure relevée en tresse arrondie autour d’un visage grave et parfaitement impavide, vêtue de soierie colorée, décorée de bijoux aux pierres énormes, pressant contre sa taille un enfant extrêmement remuant et pour tout dire un filou de fils de marchand ! Tu sais combien les passants  dont je suis préfèrent un beau visage aux riches ornements. Donc j’entrais en soupirant, mon jeune valet Giacomo me suivant, portant le chevalet, la boîte à peintures et tous les instruments nécessaires à mon art. Je lui fis signe distraitement de dresser le chevalet là près d’une fenêtre ornée de tentures comme celle décrite précédemment, je ne te fais pas un dessin. Et là je vois le regard de Giacomo se figer soudain, il regarde le fond de la pièce, c’est vrai j’ai entendu une porte s’ouvrir, quelqu’un arrive. Je me retourne. Sers-moi un verre je te prie mon cher Omer et sers-toi aussi ; ce qui va suivre ne saurait te rendre la gorge… enfin, écoute-moi bien. » A ce moment-là de son récit, Léonard était devenu livide, pourtant ses yeux pétillaient, que dis-je, ses yeux retrouvaient leur vivacité, ses yeux noirs, d’habitude lourds de fureur, rayonnaient à cet instant comme le regard bien plus tard de son Jean-Baptiste. Sa bouche d’ordinaire si fermée montrait des dents gourmandes et à cet instant j’en suis sûr j’aurais pu lui tendre un gigot, il l’aurait mangé sans faire la grimace lui qui déteste se nourrir de viande. Il dressait sa main droite comme pour pointer la vérité tombée du ciel. Et là il me fit le portrait d’une femme, telle que nous en rêvons tous : joyeuse, agréable, au regard limpide empli de l’éclat de vie, des yeux bordés de cils de la plus grande délicatesse, le nez aux ravissantes narines roses et délicates qui semblaient souffler la vie même. Elle était vêtue d’une robe longue, moulante, tombant jusqu'au sol. Son corsage échancré laissait entrevoir sa chemise intime et découvrait sa gorge où l’on saisissait le battement de ses veines. « Mais cette charmante figure et merveilleusement ouvragée n’est rien auprès de l’âme que je sentais vibrer sous ses gestes, quelque chose de divin respirait dans sa chair. Dis-moi, a-t-on jamais terminé quoi que ce soit ? Cette femme avait atteint la sérénité, mon cher Omer. Dans la lumière du matin de Florence, elle apparaissait comme un mystère plongeant dans l’infini. Elle me salua et se présenta : Lisa. Cette femme au visage étrange et souriant parlait et sa voix me mit au supplice. Moi, Léonard comment une femme pouvait à ce point provoquer mes cinq sens ? Elle regardait quelque chose en moi, derrière moi, elle semblait chercher dans mon passé. A cet instant j’aurais voulu la peindre en déesse de la beauté étendue sur une peau de léopard, ou en vierge bénie et immaculée. Je sentis combien cette femme saurait transfigurer mon œuvre. Je tenais en elle le mystère de l’humanité et je voulais à jamais l’immortaliser. Hélas je n’avais pris avec moi qu’un vulgaire panneau de peuplier très mince pour ne pas alourdir mon jeune valet et il m’était impossible d’attendre une deuxième séance pour commencer l’oeuvre ! Je suis en train de peindre une immortelle sur un bout de planche. Voilà ma folie ! Voilà à quoi je suis réduit pour ne pas interrompre le cours de l’art. »

 

 

 

 

 

 

Par corinne Jeanson - Publié dans : Dessin et poésie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 20 janvier 2007 6 20 /01 /2007 18:53

Cœur de l'Afrique noire. Bière bouteille de pays. Chaleur et vent rafraîchissant. Solitude avec paysages nouveaux en décor. Je suis au cœur de l'Afrique. Dans une ville basse avec toute sa vie, ses musiques, ses bruits, ses vendeurs des rues, derrière leurs tables de bois aux pieds cassés mais tenant bons car la verticale n'est pas une loi de la nature.Les sorcières ont mangé mon âme. Dans la maison aux génies, je cherche mamy wata. Je sais que je ne la trouverai pas ou bien elle se nomme habitude. Je m'habitue.
Ici les ciels sont immenses. Les lézards aussi. Les nuages sont cousins des nôtres, en plus grands. A l'aéroport, accueil par des slogans marxistes-léninistes convaincus. La Révolution est dans le changement qualitatif des statistiques. Sans doute une illusion. Mais nous avons besoin d'espoir pour survivre. Les charognards guettent au dessus de la fosse commune où est enterré Sankara. La France ne serait pour rien dans cette révolution de palais. Mais on dit beaucoup de choses.A Ouagadougou, il y a 2 500 coopérants, voilà le prix de l'indépendance. Devant les maisons des coopérants, le génie a été remplacé par le gardien, un jeune Africain allongé ou assis sur un banc de pierre. Et dans la cour, voici le boy, un autre jeune Africain qui balaie la poussière du temps.Ouagadougou : la ville où l'on vient.Burkina Faso : le pays des hommes dignes.No comments, comme dirait le vieux Serge.Lu dans Kundera : quand on grandit ensemble, les choses prennent le même sens. Je ne sais pas retraduire. En gros, quand tu jettes du pain aux poissons du parc de la Tête d'Or, j'ai la même impression que toi, nous avons les mêmes souvenirs. Demande à n'importe qui de jeter du pain aux poissons, il n'y aura que des ronds dans l'eau.On devrait vivre la vie à l'envers. Les Africaines rient fort dans les cafés, on est loin des rives du Nord de l'Afrique.Un homme porte sur sa tête une machine à coudre. Marque : Eléphant (les lettres sont effacées). Pour rythmer ses pas, il joue avec une paire de ciseaux. Les ânes ont les pieds de devant attachés.Les cochons noirs et les jarres renversées, les maisons de terre enfumées. La meunière en sueur écrase le mil sur la large meule en pierre. On entend les crissements du broyage. La farine de mil blanc tombe sur le sol de terre battue. La terre rouge africaine.La cabaretière plonge les calebasses dans ses canaris emplis de bière.Les Africains sont emplis d'amour jamais perdu qui leur donne une force tranquille. Cette force tient tout leur corps. Ils sont comme les arbres plantés dans la savane qui étendent leurs branches lourdes, au-dessus des troncs pleins, jamais écrasants.L'orage et le bruit du tonnerre emplissent l'espace et le rendent moins menaçant. Sa présence –qu'elle soit divine ou appartenant à la nature- suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que, comme le ciel, je me libère enfin de la pesanteur des jours sans noms.L'amour passé reste l'amour bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Le souvenir est une île dans le cœur solitaire. Il parcourt l'océan insatiable des jours gris pour l'émietter tout à fait. Il respire par la bouche de la sirène endormie.Quand le cœur doucement écoute les silences d'hier, tout autour les colons aux jambes rudes s'assoient et fument, jusques aux cieux africains, leur félicité commune. L'heure du thé, moment privilégié, s'accompagne de la silhouette respectueuse du boy, habitué ici aux manières de l'aristocratie servante.Dehors, les enfants jouent dans les détritus et les femmes aux seins flasques se baignent dans le marigot boueux. Tout cela se déroule dans le même temps tandis que toi au loin tu souris à la jeune danseuse en sueur ou bien dans le rêve enfiévré de la maladie, tu songes à notre rencontre et à sa fin. Cette rencontre qui ne pouvait avoir lieu comme celle d'Iseut et de Tristan.Etre une femme libérée au fond du Burkina Fao en buvant un coca glacé accoudée à un comptoir d'un café burkinabé.
« Est-il possible, pour un être humain, d'éprouver un plaisir qui ne soit en rien partagé ? » Yasunari Kawabata, Le lac.

Par corinne Jeanson - Publié dans : Dessin et poésie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus